Le parc des Schtroumpfs fait partie de ces noms qui déclenchent un sourire immédiat chez toute une génération de familles lorraines. Derrière ce souvenir coloré se cache une histoire bien plus mouvementée qu’un simple parc à thème. De Big Bang Schtroumpf à Walygator Grand Est, le site de Maizières-lès-Metz a changé de nom, de propriétaire et de vocation plusieurs fois en moins de quatre décennies.
Un parc né de la reconversion industrielle en Moselle
Vous vous êtes déjà demandé pourquoi un parc d’attractions a vu le jour dans un bassin sidérurgique ? La réponse tient en un mot : reconversion. Au milieu des années 1980, la sidérurgie lorraine décline. Il faut trouver de nouvelles activités pour le territoire.
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Deux commerçants mosellans, Didier Brennemann et Gérard Kleinberg, visitent Europa-Park en 1983. Ils repèrent le système de photographie installé sur une attraction aquatique. Leur première idée est d’exploiter une concession photo dans un parc existant. Faute de trouver preneur, ils décident de créer leur propre parc d’attractions en Lorraine.
Ils sollicitent la SOLODEV, la société chargée d’accompagner la transition économique de la sidérurgie. Après un premier refus, le projet finit par convaincre. Le site choisi se trouve sur d’anciens terrains industriels, entre Maizières-lès-Metz et Hagondange. Le pari est audacieux : attirer des touristes dans une région que personne n’associe aux loisirs.
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Big Bang Schtroumpf : le parc des Schtroumpfs ouvre en 1989
Le parc ouvre ses portes en avril 1989 sous le nom officiel de Big Bang Schtroumpf. Le choix de la licence Schtroumpf, créée par le dessinateur belge Peyo, est logique : les personnages sont populaires dans toute l’Europe, et le parc vise un public international. La frontière allemande se trouve à moins de cent kilomètres, et les visiteurs belges, luxembourgeois ou néerlandais sont aussi dans le viseur.
L’ouverture génère la création de près de 1 200 emplois en Lorraine. Le parc propose une centaine d’attractions, dont l’Anaconda, un grand huit en bois qui emmène ses passagers à une vitesse de pointe de 100 km/h. L’ambition est claire : rivaliser avec les grands parcs européens.
La réalité est plus nuancée. Si certains manèges font le plein et que quelques décors impressionnent, l’ensemble reste inégal dès les premières saisons. L’attraction phare fonctionne, mais l’expérience globale ne convainc pas toujours les visiteurs venus de loin. Le public français découvre un concept encore neuf : un parc à thème régional, loin de Paris, adossé à une licence de bande dessinée.
La valse des noms : de Walibi Schtroumpf à Walygator Grand Est
Peu de parcs en France ont changé d’identité aussi souvent. Voici la succession qui résume à elle seule les turbulences du site :
- Big Bang Schtroumpf (1989) : le nom d’origine, lié à la licence Peyo, qui ancre le parc dans l’univers des petits hommes bleus
- Walibi Schtroumpf, puis Walibi Lorraine : le parc intègre le réseau Walibi, perdant progressivement la thématique Schtroumpf au profit d’une marque de groupe
- Walygator Parc, puis Walygator, puis Walygator Grand Est depuis novembre 2020 : chaque changement de propriétaire entraîne un nouveau nom et une nouvelle stratégie
Pourquoi autant de rebondissements ? Chaque rachat reflète les difficultés économiques du site. Un parc d’attractions coûte cher à entretenir, à renouveler, à promouvoir. Quand la fréquentation stagne, le propriétaire revend. Le suivant tente un repositionnement.
Pour les familles qui ont connu le parc des Schtroumpfs enfant et qui y emmènent leurs propres enfants sous le nom de Walygator, cette succession de noms crée un sentiment étrange. Le lieu est le même, mais l’identité a muté.
Ce que chaque changement de nom a effacé
Abandonner la licence Schtroumpf a supprimé l’univers narratif qui donnait une cohérence au parc. Les manèges existaient toujours, mais sans les personnages pour les relier. Un parc à thème sans thème devient un parc de manèges, ce qui le place en concurrence frontale avec des sites qui investissent davantage dans les sensations pures.

Walygator aujourd’hui : entre loisirs familiaux et plateforme événementielle
Le parc ne se limite plus aux attractions. La communication récente autour de Walygator et des Rives de Moselle insiste sur l’idée d’un « terrain de jeu » pour le territoire. Le site accueille des événements sportifs d’ampleur régionale, comme des tournois de tennis, ce qui le positionne comme plateforme événementielle multi-usage pour la Moselle.
Cette diversification traduit une stratégie pragmatique. Plutôt que de miser uniquement sur les manèges, Walygator s’intègre dans les politiques de marketing territorial et de tourisme de pleine nature. Le parc devient un maillon d’un écosystème plus large, pas un site isolé.
La pression des concurrents dans le Grand Est
Walygator n’est pas seul sur son créneau. Dans le Grand Est élargi, des parcs concurrents renouvellent leur offre de façon significative. Fraispertuis City, par exemple, a ouvert un nouveau coaster (Fireline Redwood) à l’été 2026, renforçant la concurrence directe en matière de sensations fortes.
Pour un parc qui a longtemps souffert d’un sous-investissement chronique dans les nouveautés, chaque saison sans attraction majeure creuse l’écart avec les concurrents. Les familles comparent, consultent les avis en ligne, et arbitrent vite.
Ce que le parc des Schtroumpfs raconte de l’industrie des loisirs en France
L’histoire de ce parc lorrain illustre une réalité que les familles perçoivent rarement : ouvrir un parc d’attractions est un pari industriel lourd. Il ne suffit pas d’avoir une bonne licence ou un emplacement stratégique au centre de l’Europe.
Trois facteurs ont pesé sur la trajectoire du site :
- Le renouvellement des attractions, qui nécessite des investissements réguliers de plusieurs millions d’euros pour maintenir l’attractivité
- La dépendance à une licence (les Schtroumpfs), dont la perte a fragilisé l’identité du parc sans qu’un univers de remplacement soit construit
- La concurrence croissante des parcs mieux financés, qui peuvent lancer une nouveauté spectaculaire chaque saison
Le parc des Schtroumpfs reste un souvenir fort pour des milliers de familles lorraines. Walygator Grand Est tente d’écrire un nouveau chapitre, avec des moyens différents et un positionnement élargi aux événements et au tourisme territorial. La nostalgie ne remplit pas un parc, mais elle prouve que le lieu a compté. Le défi est désormais de donner aux visiteurs d’aujourd’hui une raison aussi forte d’y revenir.

